commentaire de texte

janvier 27, 2010

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Nicolas Sarkozy revendique sa sincérité, « moi je dis ce que je pense », autre version récurrente « je suis le genre d’homme qui … » l’a-t-on encore entendu dire lundi soir sur TF1, pour défendre son point de vue sur les salaires des grands patrons. C’est un préambule auquel il a presque toujours recours. Pourquoi ?

En creux, on entend qu’un politique ne dit jamais ce qu’il pense. Préjugé très répandu (le fantasme de la turpitude des puissants, mais aussi des restes d’un Machiavel mal digéré, tombé dans la vulgate avant même d’être lu), mais qu’on s’étonne de découvrir chez le Président lui-même.

Il y aurait en effet une critique sous-jacente de la classe politique dans son ensemble, au sein de laquelle il serait l’exception. C’est pour le versant poujadiste, mais un poujadisme qui ne se dit pas, un poujadisme qui se masque derrière la bannière du courage.

Car c’est le courage que brandit Nicolas Sarkozy, courage de dire ce qu’il pense : en quoi est-ce courageux, pourquoi faudrait-il que dire ce qu’on pense soit un acte de bravoure, d’autant plus quand on est militant, engagé dans un parti politique, et par définition, habitué à se battre pour ses idées ?

Le courage, en l’occurrence, c’est de risquer de ne pas plaire. Or il semble que chez Nicolas Sarkozy, comme chez beaucoup d’autres, la peur de déplaire soit au centre non de son action mais de son discours. Il faut en effet distinguer action et discours, puisqu’ils appartiennent à deux plans distincts et parallèles. Annoncer donc, « je risque de vous déplaire, mais je prends ce risque », est une façon d’esquiver ou d’annuler ce risque.

Le langage de Nicolas Sarkozy est passionnant à bien des égards et il serait intéressant qu’un psychanalyste s’y penche. Certaines locutions lui seront sans doute trop simples à décrypter : l’abondance des « moi je », « je suis un homme », cette manie de la tournure de phrase à la première personne, le fait d’être sujet de tout, cette obsession de soi-même trahit un narcissisme qui invite à réfléchir. Cette jouissance de soi dans le langage est comme l’affirmation d’un moi en construction telle qu’on peut la trouver chez les enfants qui commencent à découvrir le monde, et en lui un danger potentiel. A quel stade de développement narcissique le Président de la République s’est-il arrêté et pourquoi ? Que s’est-il passé dans son enfance pour qu’il ne dépasse pas ce palier ? C’est aussi sans doute ce qui lui donne cette force, cette énergie, à vouloir prouver que lui seul existe et est à l’origine de presque tout, en tout cas de tout ce qui relève du gouvernement de la France – en témoigne la place étroite réservée aux ministres. Il faut de toute façon avoir foi en soi pour supporter le chemin de croix de l’homme politique jusqu’à la présidence, sans quoi on s’écroule. Mais ce « moi » tout puissant ne semble pas si solide que ça, et on peut s’inquiéter d’une soudaine rupture, par quoi sera-t-il alors porté, lui qui porte si peu d’attention au monde et aux autres, sinon comme objets sur  lesquels exercer son pouvoir. Ces objets n’ont pas d’existence propre, ni d’autre intérêt que de lui renvoyer cette image de toute-puissance. Ils sont le prétexte à l’expression de soi, au fond, peu importe la pensée, le langage est plus important chez Nicolas Sarkozy parce qu’il parle de lui même quand il parle des autres.

Il faut en tout cas toujours se méfier des prosélytes de la sincérité. Il y a là une contradiction fondamentale.

Si on continue d’écouter son discours, en mettant de côté son sens, mais en s’intéressant à sa forme, on peut noter une autre récurrence : l’opposition manichéenne qui exclut le juste milieu, la solution du compromis. Ex : je préfère un bon patron qui gagne bien sa vie qu’un mauvais patron qui la gagne mal. Personne n’ira le contredire, il semble aller de soi qu’un bon patron vaut toujours mieux qu’un mauvais, et qu’à cet égard, il sera légitimement mieux payé que le mauvais patron. Cette lapalissade, il l’assène comme s’il s’agissait, à nouveau, d’un parti pris audacieux, d’une pensée sulfureuse. Le ton qu’il donne à cette phrase contredit son sens, il faut saluer le jeu d’acteur, voire d’illusionniste, et ce sans ironie. Sarkozy connaît tous les trucs du bon rhéteur et du bon tribun, le ton est aussi important que la phrase prononcée, elle ressemble à une formule même si elle est plutôt un pléonasme, et c’est le ton qu’on entend plus que la phrase. Il est évident qu’à choisir, on préfèrerait un bon patron qui gagne correctement sa vie sans recevoir des salaires outranciers eu égard aux salaires de ses employés.

Plus tard dans la soirée, le Président annonce qu’il n’a pas été élu pour que tout le monde gagne la même chose et loge dans un appartement identique, qu’il ne veut pas de l’union soviétique comme modèle – auquel il oppose son capitalisme, qui semble être Le capitalisme. A l’opposer à un modèle caduque qui a fait ses preuves et dont on connaît le succès, il veut ignorer l’ autre capitalisme qui laisse place à une politique sociale. Personne aujourd’hui sinon une poignée d’irréductibles ne remet en cause le modèle libéral, mais le modèle libéral donne lieu à des visions de la société aussi éloignées que celle d’un Tocqueville, d’un Locke, ou d’un Hobbes par exemple, pour revenir aux fondamentaux. Peu d’Etat, beaucoup d’Etat, le spectre est large qui ne remet pas en cause le capitalisme comme système économique. Doit-on considérer que cette réduction manichéenne à deux opposés est une vulgarisation à simple portée pédagogique qui trahit forcément la réalité, ou qu’elle est une forme de manipulation rhétorique qui a comme but de renvoyer l’interlocuteur, en l’occurrence le cégétiste, au modèle soviétique, et avec lui tous ceux qui aspirent à un peu plus d’égalité sociale ?

Autres formules intéressantes : « les Français ne travaillent pas assez », qui renvoie au désormais célèbre « travailler plus pour gagner plus ». Comment comprendre cette phrase ? Si on est chômeur, on peut difficilement bien la prendre, cela va de soi, puisque travailler plus, ou travailler tout court est précisément le but. Qu’on enjoigne à un chômeur de travailler plus a quelque chose d’indigne ou de seulement insultant. Passons. Quel Français choisit de travailler moins même s’il gagne moins, sinon celui qui peut vivre aisément de son salaire sans manquer de rien ? Par définition, les Français voudraient gagner plus, et pour le moment, ils n’ont pas trouvé d’autre solution que de travailler plus, l’équation n’a pas été inventée par Nicolas Sarkozy, encore une évidence suffisamment enrobée pour passer pour une formule choc. Cependant, elle cache des choses plus insidieuses encore : dans la fonction publique par exemple, les prof sont obligés de faire des heures supplémentaires puisque ces heures supplémentaires remplacent les postes qu’on supprime à tour de bras. Ainsi il est inutile de les encourager à travailler plus, ils sont contraints de le faire, devenant ainsi les fossoyeurs de leurs collègues – et plus largement de l’éducation nationale, donc d’eux-mêmes, ainsi que de toutes les générations à venir d’élèves, c’est-à-dire des futurs citoyens français. Or moins il y aura de professeurs, plus les classes seront nombreuses, et une classe de trente-cinq élèves difficiles ne peut pas fonctionner, tandis que la réduire de moitié donne la chance à ces élèves de sortir de leur carcan. Mais c’est un autre débat. Pas si éloigné en revanche est celui sur la suppression des cours d’histoire et bientôt de français.  Quand on lance un débat sur l’identité nationale et que d’un autre côté on détruit la culture qui en fait le ciment, on fait de la contradiction un art. Mais c’est ce qu’on vient de voir, en se penchant sur la façon de parler de Nicolas Sarkozy : la contradiction ne lui fait pas peur, pas plus que les truismes. C’est donc qu’il est un acteur génial. Et comme beaucoup d’acteurs, il est doté de cet ego démesuré qui en l’occurrence est une arme plus qu’un handicap, handicap pour nous, mais arme pour lui.


bonjour tout le monde

janvier 26, 2010

à l’issue de l’émission de “Nicolas S” (accessoirement président de la république et apparemment il faut le plaindre parce que c’est un job vraiment difficile, dixit), “Nathalie”, “Rex”, et les autres, hier sur TF1 dans le décors d’un café de station service d’autoroute, impossible de résister à l’envie de créer un blog…


Hello world!

janvier 26, 2010

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