Archive pour mars, 2010

changement d’adresse

mars 30, 2010

le blog a été transféré sur le site du Nouvel Observateur, avis aux amateurs !!!

colère collective contre colère solitaire

mars 9, 2010

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Des parents d’élèves de l’école primaire de Pantin déposent une plainte au tribunal administratif contre l’absentéisme des professeurs, mais un absentéisme qui n’est pas le fait des professeurs puisque ces absences étaient prévues – congés de maternité, stage de formation, etc. – mais de la désorganisation de l’administration. L’intitulé de leur plainte est d’ailleurs « pour défaillance dans l’organisation du service public ». D’après le ministère, 2,2 millions en moyenne d’heures de cours ne sont pas remplacées, dans le secondaire. La réponse de Luc Châtel : embaucher de façon contractuelle des étudiants ou des professeurs retraités ! en même temps qu’il supprime des postes à tour de bras. La logique semble avoir déserté le ministère de l’éducation nationale qui précarise volontairement le métier jadis si noble de professeur. Pour pallier un défaut de son administration, il répond par ce qui ne peut être perçu autrement que comme une provocation. Confier l’éducation de nos enfants à des bonnes âmes et des quasi-bénévoles ressemble à s’y méprendre à un retour insidieux à l’âge de l’éducation religieuse…

Quand la colère va-t-elle enfin donner lieu à un rassemblement politique ? Quand l’humiliation et la détresse de voir son métier piétiné symboliquement et réellement vont-elles libérer un acte de révolte fort et surtout collectif ? Quand le peuple retrouvera-t-il le sentiment de soi, l’impression d’exister comme un peuple, dont la solidarité et l’idée d’un avenir seraient les piliers, une conscience de soi qui ferait de lui un sujet et non plus seulement l’objet ou plutôt le terrain de jeu d’un gouvernement qui a tout intérêt à détruire le lien social pour que ses provocations, bien que blessantes, soient supportées en silence dans la honte et la rage solitaires ? Cette honte et cette rage, dans le milieu de travail, sont retournées contre l’individu lui-même, et son salut, qui jadis était un vote, une protestation, une association, du militantisme, est devenu le suicide. La mort est aujourd’hui l’alternative à la révolte. Ou elle est une révolte suprême, mais une révolte solitaire. Si la révolte est collective, alors elle devient politique, et c’est vers une autre vie qu’elle tend. Ne laissons pas la politique devenir le monopole de quelques techniciens, arrêtons de croire qu’elle ne sert à rien et que « c’est tous les mêmes », la politique, ce n’est pas des chiffres, des lois, des discours, c’est un élan commun, une réflexion sur la cité, sur soi dans la cité, et par là sur les autres. Si au moins le gouvernement actuel pouvait en creux, redonner vie à cette idée de la politique, alors il n’aura pas été tout à fait inutile.

Ma tristesse et ma colère de voir ma profession foulée aux pieds m’anéantiraient si elles n’étaient pas partagées, mais de les savoir communes les rend fertiles. C’est ça, le début de la politique.

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